RDC: Des comptes ouverts par Didier Tshiyoyo dit « Fatshi Didier » au nom du Comité national des Jeux de la francophonie (Africa Intelligence)

Le mauvais départ de l’organisation des Jeux de la francophonie

L’organisation de la 9e édition des Jeux de la francophonie fait l’objet de vives tensions à Kinshasa, où le directeur du comité national vient de présenter sa démission. Celui-ci s’opposait à l’un de ses collègues, qui a opéré d’importants retraits bancaires en espèces à partir de comptes ouverts au nom des jeux.

Trois mois seulement après sa désignation comme directeur du Comité national des Jeux de la francophonie (CNJF), « Joe » Lolonga Nkoi Kimpoke a préféré jeter l’éponge. Si l’ex-banquier ne motive pas sa décision dans la lettre de démission qu’il a adressée le 11 mai au président congolais Félix Tshisekedi, celle-ci intervient après plusieurs semaines de confrontation directe avec son collègue Didier Tshiyoyo, le haut représentant du chef de l’Etat auprès du CNJF.

Jusqu’à sa nomination sur ordonnance présidentielle le 14 février dernier, Didier Tshiyoyo était inconnu du grand public et se distinguait surtout par ses activités de deejaying en Suisse, sous le nom de scène de Trouble King. Modeste producteur de hip-hop, il était également organisateur de soirées dans les clubs suisses.

L’intéressé a depuis troqué ses habits de rappeur pour un costume chic et se fait appeler « Fatshi Didier » dans la commune kinoise de la Gombe, en référence au surnom du chef de l’Etat. S’il se présente comme un cousin de ce dernier, Didier Tshiyoyo n’a en réalité aucun lien de parenté avec la famille Tshisekedi, auprès de laquelle il a été introduit par Roselyne Mbombo, une cousine du président.

Des comptes ouverts par Tshiyoyo au nom du CNJF

Depuis sa nomination, le haut représentant a ouvert des comptes dans au moins trois banques – la congolaise Raw Bank, la filiale congolaise de l’établissement nigérian FBNBank DRC et la camerounaise Afriland First Bank – au nom du comité national des 9e Jeux de la francophonie. Cette pratique lui est pourtant rigoureusement proscrite, selon les termes de l’ordonnance présidentielle. Seul le directeur du comité y est habilité et toute sortie de fonds nécessite sa signature, ainsi que celle de son directeur adjoint chargé des finances. 

Les relevés bancaires, qu’Africa Intelligence a pu consulter, indiquent pourtant que Didier Tshiyoyo a retiré le 5 avril, en son nom propre, 347 000 dollars en espèces du compte ouvert un mois plus tôt à la FBNBank DRC. Quant au compte créé le 26 février à la Raw Bank, il a été crédité, le 12 avril, par Bolloré Transport & Logistics RDC de 10 000 $ pour « sponsoring » de l’événement. Après plusieurs retraits en espèces, le même compte affichait début mai un solde inférieur à 150 $. Il est négatif chez Afriland, qui n’a pas donné suite à la demande de Didier Tshiyoyo d’un découvert de 1 million de dollars.  

Selon nos informations, le haut représentant de Félix Tshisekedi a également tenté, au cours des dernières semaines, de marginaliser et d’intimider « Joe » Lolonga Nkoi Kimpoke, en l’empêchant courant avril de se rendre à son bureau. Il a aussi fait en sorte d’entraver la mise en place de la direction du CNJF, dont les membres n’ont toujours pas accès aux comptes financiers et sont tenus à l’écart des passations de marchés.

Fixé à environ 87 millions de dollars, le coût total de l’événement pourrait déjà plus que tripler sous l’impulsion de Didier Tshiyoyo. Selon nos informations, il s’est également rapproché de l’influent homme d’affaires libanais Ibrahim Issaoui, patron du groupe Socimex, à qui il a demandé un soutien financier et des véhicules.

 Africa Intelligence

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